Yogi Svātmārāma — XVe siècle
Haṭha Yoga Pradīpikā
हठयोगप्रदीपिका
4 chapitres • 290 versets
Chapitre 1 : Les Āsanas (Postures Spirituelles et Physiques)
Traduction Intégrale du Texte Racine (Mūla) — Sans Commentaires
#### Introduction, Objectif et Lignée des Maîtres
Verset 1.1
Salutations à Toi, ô Ādi Nātha (le Seigneur Primordial, Shiva), qui as enseigné la science du Haṭha Yoga. Elle brille glorieusement comme une échelle pour celui qui désire s'élever jusqu'au sublime et éminent Rāja Yoga.
Verset 1.2
Ayant révéré le saint Guru et Seigneur, le yogi Svātmārāma expose la science du Haṭha Yoga dans le seul et unique but d'atteindre le Rāja Yoga.
Verset 1.3
Pour le bénéfice de ceux qui errent confus dans les ténèbres d'innombrables opinions et théories divergentes, sans connaître le chemin direct vers le Rāja Yoga, le compatissant Svātmārāma offre cette Haṭha Pradīpikā.
Verset 1.4
La science du Haṭha est véritablement connue de grands maîtres tels que Matsyendra, Goraksha et leurs disciples. Le yogi Svātmārāma la comprend et la connaît grâce à leur grâce et à leur bienveillance.
Verset 1.5
Śrī Ādinātha, Matsyendra, Śābara, Ānandabhairava, Caurāṅgī, Mīna, Gorakṣa, Virūpākṣa, Bileśaya ;
Verset 1.6
Manthāna, Bhairava, Siddhi, Buddha, Kanthāḍi, Koraṇṭaka, Surānanda, Siddhipāda, Carpaṭi ;
Verset 1.7
Kānerī, Pūjyapāda, Nityanātha, Nirañjana, Kapālī, Bindunātha, Kākacaṇḍīśvara ;
Verset 1.8
Allāma, Prabhudeva, Ghoḍā, Colī, Tiṇṭiṇi, Bhānukī, Nāradeva, Khaṇḍa, Kāpālika ;
Verset 1.9
Ceux-ci et d'autres grands Siddhas (Maîtres Parfaits), ayant vaincu le sceptre du Temps (la mort) grâce au pouvoir du Haṭha Yoga, se meuvent librement dans tout l'univers.
#### L'Abri du Pratiquant et les Conditions de l'Ermitage (Maṭha)
Verset 1.10
Comme un refuge sûr contre la chaleur ardente de toutes les souffrances (physiques, mentales et spirituelles), le Haṭha Yoga est la demeure idéale ; pour ceux qui se dédient à la pratique constante de toute forme de Yoga, le Haṭha sert de fondement de soutien, tout comme la Tortue Cosmique soutient le monde.
Verset 1.11
Le yogi qui désire obtenir la perfection doit garder la science du Haṭha dans un secret absolu. Gardée secrète, elle maintient son pouvoir et son efficacité ; divulguée sans discernement, elle devient impuissante.
Verset 1.12
Le pratiquant de Haṭha Yoga doit habiter seul dans un ermitage (maṭhikā) isolé, situé dans un royaume bien gouverné, paisible, vertueux, prospère et libre de toute perturbation, où la nourriture s'obtient facilement. L'ermitage doit être entouré de murs et se trouver à une distance de quatre coudées (environ deux mètres) de toute roche, feu ou eau.
Verset 1.13
Les caractéristiques de l'ermitage (maṭha) idéal sont : une petite porte, sans fissures, fenêtres, trous ou cavités ; ni trop haut, ni trop bas, ni trop étendu ; propre, bien enduit de bouse de vache fraîche, exempt de poussière et de tout type d'insecte ou de ver. À l'extérieur, il doit y avoir un petit pavillon (maṇḍapa), une plateforme pour les rituels (vedī), un puits d'eau pure, et tout le périmètre doit être protégé par un mur. Tels sont les signes décrits par les Siddhas qui ont atteint la perfection dans le Haṭha.
Verset 1.14
Demeurant dans cet ermitage, libre de toutes les anxiétés et préoccupations mentales, le pratiquant doit suivre strictement la voie enseignée par son Guru et se consacrer continuellement à la pratique exclusive du Yoga.
#### Obstacles et Facteurs de Succès dans le Yoga
Verset 1.15
Le Yoga est détruit par de six facteurs : l'alimentation excessive (atyāhāra), l'effort physique épuisant (prayāsa), le bavardage ou parler à l'excès (prajalpa), l'adhésion aveugle ou fanatique aux règles et rituels externes (niyamāgraha), la fréquentation de personnes mondaines opposées au Yoga (janasaṅga), et l'instabilité ou l'oscillation mentale (laulya).
Verset 1.16
Le Yoga est couronné d'un succès immédiat par six vertus : l'enthousiasme et l'énergie ferme (utsāha), l'audace ou le courage initial d'agir (sāhasa), la persévérance patiente (dhairya), la connaissance correcte et le discernement de la vérité (tattvajñāna), la détermination et la foi inébranlable (niścaya), et l'abandon définitif de la compagnie des personnes mondaines (janasaṅgaparityāga).
#### La Science des Āsanas (Postures Corporelles)
Verset 1.17
Les Āsanas étant la première partie constituante du Haṭha Yoga, ils sont décrits initialement. La pratique des Āsanas confère au yogi la stabilité mentale et physique (sthairya), la santé et l'absence de maladies (ārogya), ainsi que la légèreté dans tous les membres du corps (aṅgalāghavam).
Verset 1.18
Je vais à présent décrire certains des principaux Āsanas qui ont été acceptés et validés tant par des sages contemplatifs comme Vasiṣṭha que par des yogis pratiques comme Matsyendra.
Verset 1.19 — Svastikāsana
En plaçant les deux plantes des pieds fermement entre les cuisses et les genoux opposés, en maintenant le corps parfaitement droit et assis avec stabilité ; c'est ce que les maîtres appellent Svastikāsana.
Verset 1.20 — Gomukhāsana
En plaçant le talon droit à côté du côté gauche des fesses et, de manière similaire, le talon gauche à côté du côté droit, les jambes croisées ressemblent à la face d'une vache. C'est le Gomukhāsana.
Verset 1.21 — Vīrāsana
En plaçant fermement un pied sur la cuisse opposée et l'autre pied sous l'autre cuisse, le yogi adopte la posture héroïque. C'est le Vīrāsana.
Verset 1.22 — Kūrmāsana
En pressant fermement l'anus avec les deux talons croisés en sens inverses et en s'asseyant avec une attention et un équilibre extrêmes. Les connaisseurs du Yoga définissent cela comme le Kūrmāsana.
Verset 1.23 — Kukkuṭāsana
Adoptant la posture du lotus (Padmāsana), le yogi insère les mains et les bras dans l'espace entre les cuisses et les mollets, appuyant fermement les paumes sur le sol et élevant tout le corps dans les airs. Cette posture aérienne est le Kukkuṭāsana.
Verset 1.24 — Uttānakūrmāsana
Demeurant fermement dans la posture du coq (Kukkuṭāsana), le yogi enlace son cou avec ses deux mains et s'allonge sur le dos sur le sol, étendu comme une tortue tournée vers le haut. C'est le Uttānakūrmāsana.
Verset 1.25 — Dhanurāsana
Saisissant les gros orteils avec les mains respectives et les tirant vers les oreilles, tendant le corps comme un arco entièrement fléchi. C'est le Dhanurāsana.
Verset 1.26 — Matsyendrāsana
En plaçant le talon droit à la racine de la cuisse gauche, on croise le pied gauche par l'extérieur du genou droit. En saisissant le gros orteil du pied gauche avec la main droite et en tournant complètement le tronc vers le côté opposé, on maintient le corps en rotation. C'est la posture enseignée par le glorieux maître Matsyendranātha, appelée Matsyendrāsana.
Verset 1.27
La pratique constante de Matsyendrapīṭha stimule fortement le feu gastrique (jaṭharadīptim), agit comme une arme terrible pour détruire les maux chroniques du corps, éveille l'énergie Kundalini (kuṇ|ḍalinīprabodha) et confère de la stabilité au nectar lunaire dans la tête.
Verset 1.28 — Paścimottānāsana (Paścimatāna)
En étendant les deux jambes au sol, droites comme des bâtons, on saisit fermement les gros orteils avec les mains. En reposant le front sur les genoux, on demeure immobile dans cette position. C'est le Paścimatānāsana.
Verset 1.29
Le Paścimottānāsana est le plus excellent parmi les Āsanas ; il dirige le souffle vital (prāṇa) le long du canal dorsal (le courant de la suṣumṇā), attise intensément le feu digestif, rend l'abdomen mince et confère une santé parfaite à tous les hommes.
Verset 1.30 — Mayūrāsana
En appuyant les deux paumes des mains fermement sur le sol et en soutenant les côtés de l'ombilic sur les coudes respectifs, on élève le corps entier dans les airs, en le maintenant droit et horizontal comme un bâton rigide. Les yogis appellent cette posture Mayūrāsana.
Verset 1.31
Le Mayūrāsana guérit rapidement toutes les maladies abdominales, telles que les tumeurs, l'hydropisie et les troubles de la rate ; il neutralise les déséquilibres causés par l'excès de bile, de flegme et de vent ; il digère complètement tout type de nourriture nocive ou consommée en excès, la réduisant en cendres, et possède le pouvoir de digérer même les poisons les plus terribles (kālakūṭam).
Verset 1.32 — Śavāsana
S'allonger sur le dos sur le sol, totalement étendu comme un cadavre, est appelé Śavāsana. Cette posture élimine complètement la fatigue causée par les autres pratiques et accorde un repos profond et la paix à l'esprit (cittaviśrāntikārakam).
#### Les Quatre Āsanas Principaux Déclarés par Shiva
Verset 1.33
Quatre-vingt-quatre postures ont été enseignées et décrites par le Seigneur Shiva. Parmi celles-ci, en extrayant l'essence la plus pure et la plus efficace, je vais procéder à l'explication des quatre postures fondamentales.
Verset 1.34
Ces quatre sont dénommées : Siddhāsana, Padmāsana, Siṁhāsana et Bhadrāsana. Parmi elles, la posture de Siddhāsana est la plus confortable, excellente, et doit toujours être pratiquée.
Verset 1.35 — Siddhāsana
En pressant fermement la région du périnée (yonisthāna) avec la base du talon gauche, on place le talon droit exactement au-dessus de l'organe génital. En maintenant le menton pressé fermement contre la poitrine (jālandharabandha), le corps immobile, les sens contrôlés, et en fixant le regard fermement sur l'espace entre les sourcils (bhrūvorantaram) ; cette posture, qui ouvre de force les portes de la libération (mokṣakapātabhedajanakam), est appelée Siddhāsana.
Verset 1.36
Selon l'opinion d'autres yogis, on place le talon gauche au-dessus de l'organe génital et le talon droit juste au-dessus de celui-ci, en superposant les deux chevilles. C'est une autre façon d'exécuter le Siddhāsana.
Verset 1.37
Cette même posture est appelée par certains Siddhāsana, par d'autres Vajrāsana ; certains la nomment Muktāsana, et d'autres la connaissent sous le nom de Guptāsana.
Verset 1.38
Tout comme la modération alimentaire est le plus important parmi les Yamas, et la non-violence (ahiṁsā) est la principale vertu parmi les Niyamas, de la même manière, les Siddhas savent que le Siddhāsana est le principal et le plus efficace de tous les Āsanas.
Verset 1.39
Parmi les quatre-vingt-quatre postures, on ne doit pratiquer constamment que le Siddhāsana, car il réalise la purification complète de l'ensemble des 72 000 canaux énergétiques (nāḍīs) du corps humain.
Verset 1.40
Le yogi qui médite sur son propre Soi, qui consomme des aliments modérés (mitāhārī) et pratique ininterrompuedement le Siddhāsana pendant une période de douze ans, atteint la perfection finale et la réalisation du Yoga.
Verset 1.41
Lorsque le Siddhāsana est pleinement maîtrisé, le souffle vital est retenu sans effort et en toute sécurité grâce au kevala kumbhaka ; quel besoin y a-t-il de pratiquer d'innombrables autres postures complexes ?
Verset 1.42
Par le pouvoir de cette seule posture, l'état de quiétude absolue (unmanī kalā) surgit spontanément et sans fatigue ; les trois verrous énergétiques (bandhas) se produisent naturellement, sans aucun attachement de la part du pratiquant.
Verset 1.43
Il n'existe aucun Āsana égal au Siddhāsana, aucune rétention (kumbhaka) comparable au kevala, aucune attitude (mudrā) comme la khecar|ī, et aucune dissolution mentale (laya) supérieure à l'absorption dans le son mystique intérieur (nāda).
Verset 1.44 — Padmāsana
En plaçant le pied droit sur la cuisse gauche et le pied gauche sur la cuisse droite de façon croisée, on croise fermement les bras derrière le dos pour saisir le gros orteil du pied droit avec la main droite et le gros orteil du pied gauche avec la main gauche. En reposant le menton contre la poitrine et en fixant le regard de manière continue sur le bout du nez ; cette posture, destructrice de toutes les maladies et afflictions des pratiquants, est appelée Padmāsana.
Verset 1.45
Comme autre variante : en plaçant soigneusement les deux pieds orientés vers le haut sur les cuisses opposées, et en positionnant les mains ouvertes orientées vers le haut dans l'espace entre les cuisses, au centre du corps, on fixe le regard sur le bout du nez ;
Verset 1.46
En maintenant la langue pressée contre la racine des dents incisives supérieures, en élevant le menton contre la poitrine et en contractant doucement l'abdomen pour tirer l'air vital (apāna) lentement vers le haut.
Verset 1.47
C'est le Padmāsana, lequel ne peut être atteint par aucun homme ordinaire, mais seulement par les sages dotés d'un intellect aiguisé (dhīmatā). Pratiqué sur terre, il purifie et détruit toutes les infirmités physiques de manière absolue.
Verset 1.48
En maintenant les paumes des mains unies ou superposées sur les genoux, en adoptant fermement le Padmāsana, en pressant le menton contre la poitrine et en méditant sur la Réalité Suprême (Brahman) dans l'esprit ; en tirant à plusieurs reprises l'air inférieur (apāna) vers le haut et en dirigeant l'air supérieur (prāṇa) vers le bas à travers la contraction, l'homme atteint l'éveil incomparable de l'énergie latente (kuṇḍalinī) grâce à ce pouvoir.
Verset 1.49
Le yogi qui, établi de façon stable dans le Padmāsana, retient l'air vital qui entre par les canaux des narines et le dirige avec fermeté à travers le canal central de la suṣumṇā, est un être véritablement libéré. De cela, il n'y a aucun doute.
Verset 1.50 — Siṁhāsana
En plaçant les deux talons sous le scrotum, de façon croisée sur les côtés du périnée : le talon gauche positionné du côté droit et le talon droit du côté gauche du périnée ;
Verset 1.51
En appuyant les paumes des mains sur les genoux avec les doigts largement écartés, en ouvrant la bouche et en projetant la langue vers l'extérieur, en fixant le regard concentré sur le bout du nez avec un esprit parfaitement attentif ;
Verset 1.52
C'est le Siṁhāsana, révéré et pratiqué avec une grande dévotion par les plus grands yogis. Cette posture excellente facilite l'union et l'application simultanée des trois verrous énergétiques (bandhas).
Verset 1.53 — Bhadrāsana (Gorakṣāsana)
En plaçant les deux talons croisés sous le périnée, le talon gauche touchant le côté gauche et le talon droit touchant le côté droit de la couture périnéale ;
Verset 1.54
En saisissant fermement les côtés des pieds avec les deux mains et en les maintenant totalement immobiles et stables près du corps. Cette posture, qui détruit toutes les variétés de maladies et de maux, est le Bhadrāsana.
Verset 1.55
Les maîtres parfaits (siddhayoginaḥ) appellent également cette posture Gorakṣāsana. Grâce à la pratique constante de ces Āsanas, le yogi élimine toute fatigue corporelle et purifie son système nerveux.
Verset 1.56
Le pratiquant doit s'entraîner diligemment à la purification des nāḍīs, aux mudrās et aux actions respiratoires. Les postures, les diverses rétentions respiratoires (kumbhakas) et les mudrās doivent être exécutées jusqu'à ce que les fruits du Rāja Yoga soient pleinement atteints.
#### Règles de Conduite et Modération Alimentaire (Mitāhāra)
Verset 1.57
Celui qui maintient le célibat (brahmacārī), qui consomme des aliments purs et modérés (mitāhārī), qui renonce aux attachements du monde et se consacre entièrement au Yoga, atteint la perfection et le plein succès après une période d'un an. De cela, il n'y a nul besoin d'hésitation ou de doute.
Verset 1.58
Une alimentation modérée (mitāhāra) est définie comme la consommation d'une nourriture pure, onctueuse et de saveur douce, ne remplissant que la moitié de l'estomac avec des aliments solides, un quart avec des liquides, et laissant le dernier quart entièrement libre pour le mouvement de l'air, l'aliment étant consommé comme une offrande sacrée d'amour au Seigneur Shiva.
Verset 1.59 — Aliments Inadéquats (Apathya)
Les aliments de saveur excessivement amère, acide, piquante, salée ou chaude ; les légumes verts à feuilles acides, la moutarde, les boissons alcoolisées, le poisson, la viande d'animaux (comme la chèvre et le porc), le caillé, le lactosérum, les légumineuses lourdes (comme le pois chiche), le tourteau de sésame, l'asafoetida et l'ail sont déclarés préjudiciables et inadéquats pour le yogi.
Verset 1.60
Doivent être évités les aliments cuits qui ont été réchauffés, les aliments excessivement secs et dépourvus de graisse naturelle, la nourriture contenant un excès de sel ou d'acidité, les légumes de digestion difficile et les mélanges culinaires nocifs. Tout cela doit être rejeté.
Verset 1.61 — Comportements à Éviter
Le pratiquant doit éviter l'habitude de s'asseoir près du feu pour se réchauffer, les relations sexuelles avec les femmes, les longs voyages à pied, les bains dans les eaux froides aux premières heures du matin, les jeûnes prolongés qui affaiblissent le corps et toutes les activités physiques épuisantes qui causent de la douleur et de la souffrance à l'organisme.
Verset 1.62 — Aliments Adéquats (Pathya)
Le blé de bonne qualité, le riz excellent, l'orge, les variétés bénéfiques de riz à récolte rapide, le lait pur, le beurre clarifié (ghee), la cassonade, le beurre frais, le sucre cristallisé doux, le miel, le gingembre sec, le concombre sauvage (paṭola), les fèves vertes, les cinq feuilles vertes médicinales, le haricot mungo (mudga) et l'eau pure et cristalline provenant de sources naturelles sont des aliments hautement bénéfiques pour le yogi suprême.
Verset 1.63
Le yogi doit choisir des aliments hautement nutritifs, doux, onctueux et suaves, qui soient dérivés du lait de vache, qui nourrissent adéquatement les éléments constituants du corps (dhātus), qui soient agréables à l'esprit et adaptés aux exigences de la pratique spirituelle, en évitant la consommation de farines sèches ou de grains torréfiés difficiles à digérer.
#### L'Importance Suprême de la Pratique Directe (Kriyā)
Verset 1.64
Qu'il soit jeune, vieux, extrêmement âgé, ou même malade, affaibli ou faible ; toute personne atteint la perfection et le succès dans toutes les branches du Yoga si elle pratique avec un dévouement continu et sans paresse ni léthargie (atandritaḥ).
Verset 1.65
La perfection et le succès dans le Yoga proviennent uniquement de la pratique réelle et continue (kriyā). Comment pourrait-on atteindre le succès sans la pratique directe ? Le succès n'est jamais généré ni obtenu par la simple étude ou la lecture des livres sacrés.
Verset 1.66
Le succès dans le Yoga ne s'obtient pas par le port de vêtements ou de robes traditionnels d'ermite, ni par de beaux discours ou des conversations intellectuelles sur le Yoga. La pratique et l'application pratique sont la seule et véritable cause du succès. C'est une vérité absolue et exempte de tout doute.
Verset 1.67
Les postures corporelles (pīṭhāni), les diverses rétentions respiratoires (kumbhakas) et les excellentes et divines mudrās doivent être pratiquées de manière systématique et continue dans le Haṭha Yoga jusqu'à ce que le fruit suprême du Rāja Yoga soit parfaitement établi.
Ici se termine le Premier Chapitre de la Haṭha Yoga Pradīpikā de Yogi Svātmārāma, intitulé « La Description des Āsanas ».
Chapitre 2 : Prāṇāyāma et Ṣaṭkarmas (Le Contrôle de l'Énergie et la Purification)
Traduction Intégrale du Texte Racine (Mūla) — Sans Commentaires
#### La Connexion entre le Souffle (Prāṇa) et l'Esprit (Citta)
Verset 2.1
Étant fermement établi dans les Āsanas, le yogi plein de maîtrise de soi, consommant des aliments bénéfiques et modérés (hita-mitāśanaḥ), doit pratiquer le Prāṇāyāma selon les instructions transmises par son Guru.
Verset 2.2
Quand le souffle (vāyu) se meut, l'esprit (citta) se meut aussi. Quand le souffle devient immobile et cesse son mouvement, l'esprit se stabilise également dans une immobilité absolue. Par cette immobilité, le yogi atteint l'état de fixité et de permanence (sthāṇutvam) ; par conséquent, le souffle doit être contrôlé et retenu.
Verset 2.3
Tant que l'air vital demeure dans le corps, cela est appelé la vie. Le départ de l'air vital constitue la mort. Par conséquent, il est fondamental de réaliser la rétention et le contrôle du souffle (vāyu).
#### La Purification des Canaux Énergétiques (Nāḍī-Śodhana)
Verset 2.4
Si les canaux énergétiques (nāḍīs) sont obstrués et remplis d'impuretés (mala), le souffle vital ne pourra pas pénétrer ni circuler le long du canal central (suṣumṇā).
Verset 2.5
Comment pourrait-il y avoir du succès (siddhi) dans le Prāṇāyāma si les nāḍīs ne sont pas propres ? Par conséquent, ce n'est que lorsque tous les canaux énergétiques sont parfaitement purifiés que le yogi doit commencer la pratique du contrôle respiratoire.
Verset 2.6
Adoptant fermement la posture du lotus (Padmāsana), le yogi doit inspirer l'air vital par la narine gauche (le canal lunaire, i|ḍā). Retenant le souffle selon sa capacité (kumbhaka), il doit ensuite expirer lentement par la narine droite (le canal solaire, piṅgalā).
Verset 2.7
Ensuite, inspirant l'air profondément par la narine droite (piṅgalā), il doit réaliser la rétention stable du souffle et, par la suite, expirer de manière douce et contrôlée par la narine gauche (iḍā).
Verset 2.8
Celui qui pratique avec discipline, inspirant par la narine correspondante à la Lune, retenant et expirant par l'autre, puis inversant le processus en inspirant par le canal du Soleil et en expulsant par la narine opposée, purifie complètement son système de nāḍīs en une période de trois mois, si cela est réalisé de façon constante.
Verset 2.9
La pratique du contrôle respiratoire doit être réalisée quatre fois par jour : aux premières heures du matin (à l'aube), à midi, au crépuscule et à minuit, en augmentant graduellement le numéro de rétentions jusqu'à atteindre la limite de quatre-vingts kumbhakas par session.
Verset 2.10
Au stade initial et inférieur de la pratique (adhama), une intense transpiration se produit dans tout le corps ; au stade intermédiaire (madhyama), on note un tremblement perceptible le long de la colonne vertébrale ; au stade supérieur et avancé (uttama), le prana prend sa course ascendante vers le sommet et le corps s'élève ou éprouve une extrême légèreté. Par conséquent, le souffle doit être dompté avec fermeté.
Verset 2.11
La sueur générée par l'effort de la pratique du Yoga doit être frictionnée et massée pour pénétrer à nouveau dans la peau du corps lui-même. Cela confère fermeté, robustesse et une extrême légèreté à tous les membres du corps.
Verset 2.12
Au début de l'apprentissage pratique, la consommation de lait et de beurre clarifié (ghee) est hautement recommandée. Lorsque la pratique devient ferme et parfaitement établie, une telle restriction alimentaire rigide cesse d'être obligatoire.
Verset 2.13
Tout comme un lion, un éléphant ou un tigre sauvage sont domptés de façon lente et graduelle, de la même manière le souffle vital doit être contrôlé avec une patience extrême. Sinon, s'il est manipulé de façon abrupte ou incorrecte, le prana peut détruire le pratiquant lui-même.
Verset 2.14
Par l'exécution correcte du Prāṇāyāma, l'éradication absolue de toutes les infirmités physiques se produit. En revanche, la pratique négligente ou erronée donne naissance à l'apparition de diverses maladies.
Verset 2.15
Le hoquet, l'asthme, la toux chronique, les douleurs crânio-faciales, les otites, les douleurs oculaires et une grande variété de troubles organiques surgissent comme conséquence directe du maniement perturbé ou incorrect de l'air vital.
Verset 2.16
Le yogi doit inspirer l'air avec douceur et lenteur, expirer de manière également contrôlée et réaliser la rétention (kumbhaka) avec une parfaite stabilité mentale. Ce n'est que par cette méthode équilibrée que l'on obtient le plein succès et la perfection (siddhi).
Verset 2.17
Lorsque les canaux énergétiques (nāḍīs) deviennent complètement propres et désobstrués, des signes extérieurs évidents apparaissent dans le corps du yogi : une minceur harmonieuse, une complexion physique brillante et radiante, et la manifestation spontanée du son mystique intérieur (nāda).
Verset 2.18
La capacité de retenir le souffle à volonté, l'allumage visible du feu digestif intérieur, l'audition claire du son subtil intérieur et la jouissance d'une santé parfaite sont les signes indiscutables que les nāḍīs ont été purifiées grâce au Prāṇāyāma.
#### Les Six Pratiques de Purification (Ṣaṭkarmas)
Verset 2.19
Le yogi qui présente un excès de graisse corporelle ou une accumulation déséquilibrée de flegme et de mucosités doit pratiquer initialement les couplages des six actions de purification (ṣaṭkarmas) avant de commencer le contrôle respiratoire. Celui chez qui les trois humeurs vitales (doṣas — vent, bile et flegme) se trouvent en parfait équilibre n'a pas besoin de les exécuter de façon obligatoire.
Verset 2.20
Les six actions de purification du corps sont traditionnellement dénommées : Dhauti, Basti, Neti, Trāṭaka, Nauli et Kapālabhāti.
Verset 2.21
Ces couplages de six techniques corporelles, qui réalisent le nettoyage profond de l'organisme, doivent être maintenus dans un secret absolu par les yogis, car ils confèrent de merveilleuses capacités et sont hautement valorisés par les grands maîtres parfaits.
Verset 2.22 — Dhauti (Nettoyage Estomacal)
Le yogi doit avaler lentement une bande de tissu propre et humide, de quatre doigts de large et de quinze empans de long (environ trois mètres), en suivant strictement les instructions de son maître. Ensuite, il doit la retirer et l'enlever doucement de l'estomac. Cette action est connue sous le nom de Dhauti.
Verset 2.23
La toux chronique, l'asthme, les troubles de la rate, la lèpre et vingt variétés de maladies découlant de l'excès de flegme (kapha) sont éliminés de manière incontestable grâce au pouvoir et à la pratique régulière du Dhautikarma.
Verset 2.24 — Basti (Nettoyage du Côlon)
Assis dans un récipient d'eau qui couvre jusqu'à la hauteur de l'ombilic, adoptant la posture de Utkaṭāsana (accroupi avec les talons unis), le yogi introduit un tube mince dans l'anus et réalise la contraction du sphincter anal (ākuñcana) pour aspirer l'eau vers l'intérieur des intestins, puis l'expulser. Cette action est dénommée Basti.
Verset 2.25
Les troubles des glandes abdominales, l'hydropisie, la splénomégalie et toutes les maladies nées du déséquilibre des humores du vent (vāta), de la bile (pitta) et du flegme (kapha) se guérissent grâce au Bastikarma.
Verset 2.26
Grâce à la pratique correcte du Basti, les tissus et fluides constituants du corps (dhātus), les sens et l'esprit deviennent propres et lumineux ; le feu digestif augmente d'intensité et toutes les impuretés organiques sont complètement éradiquées.
Verset 2.27 — Neti (Nettoyage Nasal)
On insère un cordon lubrifié et lisse, mesurant environ un empan de long, à travers l'une des narines, en le faisant passer par la gorge jusqu'à ce que son extrémité sorte par la bouche, puis en le tirant par les deux bouts. Les Siddhas appellent cette action Neti.
Verset 2.28
La pratique du Neti nettoie la région crânienne, confère une vision extrêmement nette et détruit rapidement toutes les maladies qui attaquent les structures corporelles situées au-dessus de la ligne des clavicules.
Verset 2.29 — Trāṭaka (Purification Oculaire)
Fixer le regard de manière continue et sans ciller sur un objet minuscule avec une totale concentration mentale, jusqu'à ce que les larmes commencent à jaillir des yeux de façon abondante. Aux yeux des grands maîtres, cette action est décrite comme Trāṭaka.
Verset 2.30
Le Trāṭaka élimine toutes les afflictions et infirmités oculaires, dissipe la léthargie et la paresse mentale, et agit comme une clé secrète pour garder et protéger le trésor du succès dans le Yoga.
Verset 2.31 — Nauli (Isolement Abdominal)
En inclinant légèrement le tronc vers l'avant, le yogi doit faire tourner les muscles abdominaux avec vitesse et vigueur, en les déplaçant de gauche à droite et de droite à gauche, tout en maintenant les épaules fixes. Cette action est appelée Nauli par les Siddhas.
Verset 2.32
Le Nauli est la couronne de toutes les pratiques de purification du Haṭha Yoga ; il stimule intensément le feu digestif lent, supprime la constipation, harmonise la digestion et élimine de forme absolue tous les désordres des humeurs corporelles.
Verset 2.33 — Kapālabhāti (Nettoyage Crânien)
Réaliser des expirations et des inspirations rapides, vigoureuses et successives, ressemblant au mouvement continu du soufflet d'un forgeron. Cette technique de souffle est connue sous le nom de Kapālabhāti, la nettoyeuse du crâne.
Verset 2.34
La pratique du Kapālabhāti détruit de façon rapide et efficace tous les désordres et congestions découlant de l'excès de flegme (kapha).
Verset 2.35
Ayant purifié le corps de toutes ses impuretés grâce à l'ensemble des six actions (ṣaṭkarmas), le yogi se trouve libéré de la graisse et de la viscosité excessives, se préparant parfaitement à l'entraînement du Prāṇāyāma.
Verset 2.36 — Gaja-Karaṇī
En aspirant de l'eau pure jusqu'à remplir complètement l'estomac, puis en l'expulsant de force vers le haut à travers la gorge au moyen de la contraction musculaire abdominale, de façon identique au mouvement d'une femelle éléphant. Cette technique, connue dans la lignée sous le nom de Gaja-Karaṇī, confère le contrôle total sur les voies digestives supérieures aux connaisseurs du Haṭha.
#### L'Importance Suprême du Kumbhaka
Verset 2.37
Même les dieux les plus élevés, tels que Brahmā, et les sages immortels se sont consacrés constamment à la pratique rigoureuse du Prāṇāyāma en raison de la profonde peur de la mort qui les assaillait. Par conséquent, le pratiquant humain doit s'appliquer au contrôle du souffle avec la plus grande dévotion.
Verset 2.38
Tant que le souffle est maintenu parfaitement retenu et contrôlé à l'intérieur du corps, l'esprit demeurera libre de fluctuations et le regard fixera l'espace sans déviation. Dans de telles conditions, comment le Temps (la mort) pourrait-il s'approcher du yogi ?
Verset 2.39
Quand le système de rétention respiratoire à travers les kumbhakas est exécuté de façon correcte et systématique, les canaux énergétiques deviennent purs, le canal central de la suṣumṇā s'ouvre et le prana pénètre en son intérieur sans aucun empêchement.
#### Les Huit Types de Rétention Respiratoire (Aṣṭa-Kumbhakas)
Verset 2.40
Quand le prana pénètre dans le canal central (suṣumṇā), l'esprit devient parfaitement calme et immergé. Cette quiétude mentale absolue est appelée l'état d' Unmanī.
Verset 2.41
Pour atteindre cet état sublime, les yogis réalisent différentes méthodes de rétention. Je vais procéder à la description détaillée des huit variétés de Kumbhakas.
Verset 2.42
Les huit rétentions fondamentales sont : Sūryabhedana, Ujjāyī, Sītkārī, Śītalī, Bhastrikā, Bhrāmarī, Mūrcchā et Plāvinī.
Verset 2.43
À la fin de chaque inhalation (pūraka), le yogi doit appliquer avec fermeté le verrou de la gorge (Jālandharabandha). Au terme de la rétention (kumbhaka) et dès le début de l'expiration (recaka), il doit appliquer le verrou du périnée (Mūlabandha).
Verset 2.44
En contractant la gorge à travers le Jālandhara et en tirant simultanément le périnée vers le haut à travers le Mūlabandha, le prana s'écoule directement vers le canal dorsal moyen de la suṣumṇā.
Verset 2.45 — Sūryabhedana Kumbhaka
Le yogi s'assied confortablement dans une posture ferme. Inspirant l'air de façon lente, continue et silencieuse par la narine droite (le canal solaire).
Verset 2.46
Ensuite, il doit retenir le souffle avec la plus grande fermeté jusqu'à ce qu'il sente l'énergie presser la pointe des cheveux et les ongles des doigts. Par la suite, il doit expulser l'air très lentement par la narine gauche (le canal lunaire).
Verset 2.47
Le Sūryabhedana doit être pratiqué à plusieurs reprises ; il nettoie parfaitement la région frontale du crâne, élimine les maux causés par l'excès de vent (vāta) et extermine de façon absolue les vers et parasites intestinaux.
Verset 2.48 — Ujjāyī Kumbhaka
Fermant la bouche partiellement, le yogi inspire l'air par les deux narines de sorte que le flux produise un son uniforme et perceptible en touchant la région du larynx jusqu'à la poitrine.
Verset 2.49
Réalisant la rétention stable de l'air selon ses capacités individuelles, il doit ensuite expirer le souffle de manière lente et contrôlée par la narine gauche (iḍā).
Verset 2.50
Le Ujjāyī élimine la congestion de flegme dans la gorge, augmente significativement la capacité du feu digestif corporel, guérit l'hydropisie et supprime les maux qui affectent les tissus et canaux internes de l'organisme. Cette rétention peut être exécutée même pendant que le pratiquant marche ou demeure debout.
Verset 2.51 — Sītkārī Kumbhaka
Inspirant l'air par la bouche ouverte, produisant un son sibilant (« sīt ») avec la langue positionnée entre les dentes, et expirant l'air exclusivement par les deux narines.
Verset 2.52
Par la pratique continue du Sītkārī, le yogi devient beau et attrayant comme un dieu de l'amour ; il acquiert la capacité de contrôler instantanément la faim, la soif, la somnolence et l'apathie mentale.
Verset 2.53
Le corps du pratiquant acquiert un vigueur physique inhabituel et se trouve libéré de tout type de calamité organique. Il se transforme en un maître souverain de lui-même sur le plan terrestre.
Verset 2.54 — Śītalī Kumbhaka
Projetant la langue légèrement hors de la bouche et la pliant sur les côtés en forme de tube, le yogi aspire l'air profondément à travers elle. Après avoir réalisé la rétention interne, il expire le souffle doucement par les narines.
Verset 2.55
Le Śītalī détruit les troubles spléniques, les fièvres chroniques, les déséquilibres biliaires (pitta), la faim, la soif excessive et neutralise les effets nocifs des poisons ingérés dans le corps.
Verset 2.56 — Bhastrikā Kumbhaka (Le Soufflet)
En plaçant les deux pieds fermement sur les cuisses opposées dans la posture du lotus (Padmāsana), en maintenant la colonne rectiligne, le cou et l'abdomen alignés avec stabilité.
Verset 2.57
Fermant la bouche de façon sûre, on expire et on inspire l'air par les narines de manière rapide et vigoureuse, de sorte que le son produit résonne clairement dans la région de la poitrine, du cœur et de la tête.
Verset 2.58
Le yogi réalise ce mouvement respiratoire accéléré à plusieurs reprises, ressemblant au rythme constant du soufflet manipulé avec énergie par un forgeron.
Verset 2.59
Lorsque la fatigue physique commence à se manifester dans le corps, le pratiquant doit inspirer profondément l'air par la narine droite jusqu'à remplir pleinement les poumons.
Verset 2.60
En maintenant les narines scellées avec les doigts, on exécute la rétention du souffle avec la plus grande fermeté et, par la suite, on expulse l'air de façon lente par la narine gauche (iḍā).
Verset 2.61
Le Bhastrikā brise avec efficacité les trois nœuds ou blocages psychosexuels et spirituels (granthis) localisés le long du canal central : le nœud de Brahmā, le nœud de Viṣṇu et le nœud de Śiva. Par conséquent, cette rétention doit être pratiquée avec une extrême constance.
Verset 2.62 — Bhrāmarī Kumbhaka
Inspirant l'air de façon accélérée et vigoureuse par les narines, produisant un son résonnant et aigu semblable au bourdonnement d'un scarabée mâle (bhramara) ; ensuite, on réalise la rétention et l'on expire lentement, produisant le son doux d'une abeille femelle (bhrāmarī). Grâce à cette pratique, une joie indescriptible inonde le cœur des grands yogis.
Verset 2.63 — Mūrcchā Kumbhaka (L'Évanouissement)
Au terme d'une inspiration profonde, le yogi applique fermement le verrou de la gorge (Jālandharabandha) et fixe l'esprit concentré de façon absolue sur l'espace entre les sourcils, expirant ensuite de manière extrêmement lente. Cette rétention fait que l'esprit s'évanouit et se dissipe de toutes les impressions du monde externe, accordant une paix profonde.
Verset 2.64 — Plāvinī Kumbhaka
Remplissant complètement l'intérieur de l'estomac avec de grands volumes d'air aspiré de façon continue. Grâce à cette méthode, le corps du yogi acquiert la capacité de flotter à la surface des eaux profondes avec une extrême facilité, tout comme une feuille de lotus.
#### Les Deux Catégories de Kumbhaka : Sahita et Kevala
Verset 2.65
Le Prāṇāyāma se divise en trois étapes fonctionnelles : l'Inspiration (pūraka), la Rétention (kumbhaka) et l'Expiration (recaka). Le Kumbhaka se subdivise en deux catégories principales : Sahita (accompagné par l'inspiration/expiration) et Kevala (rétention pure et absolue, sans effort).
Verset 2.66
Jusqu'à ce que le stade avancé de Kevala soit atteint, le pratiquant doit s'entraîner diligemment à la méthode de Sahita. Quand l'air vital est retenu de façon soudaine et spontanée, sans dépendre d'une inspiration ou d'une expiration préalable, cette condition est dénommée Kevala Kumbhaka.
Verset 2.67
Celui qui maîtrise parfaitement le Kevala Kumbhaka, étant capable de retenir le souffle à volonté et sans effort physique, atteint le plein succès dans toutes les sphères du Haṭha Yoga. Rien dans l'univers ne demeure impossible à obtenir pour un tel être.
Verset 2.68
Par le pouvoir absolu du Kevala Kumbhaka, le prana pénètre et se fixe de façon stable dans le canal central de la suṣumṇā ; l'énergie latente de la Kuṇḍalinī s'éveille de son sommeil profond et les portes du Rāja Yoga s'ouvrent de façon définitive pour le yogi.
Verset 2.69
Il n'existe aucune manifestation de Haṭha Yoga sans la réalisation préalable du Rāja Yoga, de même qu'il n'y a pas de stabilisation du Rāja Yoga dépourvu des bases corporelles du Haṭha. Les deux se trouvent interconnectés et doivent être cultivés mutuellement jusqu'à l'obtention de la perfection finale.
#### Signes de la Perfection dans le Haṭha Yoga
Verset 2.70
Au terme de la rétention respiratoire avancée, l'esprit du yogi se libère de toutes les entraves et projections du plan matériel. Grâce à cet entraînement constant, l'individu s'élève au sommet du succès dans le Yoga.
Verset 2.71
Les signes visibles qui attestent la perfection physique et énergétique (Haṭha-siddhi) dans le corps du pratiquant sont : l'harmonie et la minceur saine de l'organisme, une expression faciale radiante et lumineuse, l'audition claire du son subtil intérieur (nāda), des yeux parfaitement propres et brillants, l'absence totale de maladies physiques, le contrôle absolu sur le sperme et l'énergie sexuelle (bindu), l'allumage intense du feu digestif et la purification complète de tous les canaux énergétiques (nāḍīs).
Ici se termine le Deuxième Chapitre de la Haṭha Yoga Pradīpikā de Yogi Svātmārāma, intitulé « La Description du Prāṇāyāma et des Ṣaṭkarmas ».
Chapitre 3 : Les Mudrās et les Bandhas (Les Sceaux Universels et l'Éveil de la Śakti)
Traduction Intégrale du Texte Racine (Mūla) — Sans Commentaires
#### L'Éveil de Kuṇḍalinī et l'Importance des Mudrās
Verset 3.1
Tout comme le roi des serpents (Śeṣanāga) est le support de toute la Terre avec ses montagnes et ses forêts, de la même manière l'énergie Kuṇḍalinī est le support absolu de toutes les pratiques et lignées de Yoga.
Verset 3.2
Quand l'endormie Kuṇḍalinī est éveillée grâce à la grâce et à la bienveillance du Guru, alors tous les lôtus chakras et les nœuds énergétiques (granthis) sont transpercés et ouverts de façon immédiate.
Verset 3.3
Le canal central (suṣumṇā) devient la voie royale et désostruée pour le transit de l'air vital (prāṇa). L'esprit se libère de tous les attachements et le yogi transcende le pouvoir destructeur du Temps (la mort).
Verset 3.4
Suṣumṇā, Śūnyapadavī (la voie du vide), Brahmarandhra (l'ouverture cosmique), Mahāpatha (la grande route), Śmaśāna (le cimetière des fluctuations), Śāmbhavī (la voie de Shiva) et Amṛtamārgā (le chemin du nectar) sont des synonymes qui désignent le même canal subtil intérieur.
Verset 3.5
Par conséquent, pour éveiller la déesse endormie qui garde l'entrée du canal de Brahman, le pratiquant doit s'entraîner diligemment et avec la plus grande fermeté à l'exécution des diverses Mudrās.
#### La Liste des Dix Grandes Mudrās
Verset 3.6
Les dix grandes Mudrās ont été déclarées par le Seigneur Shiva lui-même pour la destruction définitive de la vieillesse, des maladies et de la mortalité.
Verset 3.7
Ces dix sont dénommées : Mahāmudrā, Mahābandha, Mahāvedha, Khecarī, Uḍḍīyānabandha, Mūlabandha, Jālandharabandha ou Jālandharabandha, Viparītakaraṇī, Vajrolī et Śakticālanam.
Verset 3.8
Ces dix techniques sacrées et divines, qui confèrent d'infinies capacités parfaites (siddhis), ont été transmises de maître à disciple et doivent être maintenues dans un secret absolu, tout comme l'on garde un coffre rempli de bijoux précieux.
Verset 3.9
Si elles sont révélées sans discernement à des personnes mondaines ou dépourvues de dévotion, elles perdent immédiatement leur pouvoir et leur efficacité. Elles doivent être protégées avec le même zèle qu'une femme vertueuse garde l'intimité de son foyer.
#### 1. Mahāmudrā (Le Grand Sceau)
Verset 3.10
En pressant fermement la région du périnée avec la base du talon gauche, le yogi étend la jambe droite complètement vers l'avant sur le sol, en la maintenant droite comme un bâton.
Verset 3.11
En saisissant fermement le pied droit étendu avec les deux mains, on applique le verrou de la gorge (Jālandharabandha), faisant en sorte que l'air vital prenne sa course ascendante à travers le canal dorsal moyen.
Verset 3.12
Tout comme un bâton de bois frappé contre le sol se dresse droit immédiatement, de la même manière le serpent Kuṇḍalinī s'étire et se redresse de façon soudaine, faisant pénétrer simultanément le prana et l'apana dans la suṣumṇā.
Verset 3.13
Le canal latéral de la lune (iḍā) et le canal du soleil (piṅgalā) deviennent complètement inertes et dépourvus d'air vital, car toute l'énergie vitale se met à s'écouler exclusivement à travers l'axe central.
Verset 3.14
Le yogi doit expirer l'air de manière extrêmement lente, douce et contrôlée. Il ne doit jamais réaliser d'expiration abrupte ou violente. Cette technique, révérée par les plus grands maîtres, est dénommée Mahāmudrā.
Verset 3.15
La pratique du Mahāmudrā agit comme un terrible antidote qui détruit les plus grandes souffrances organiques et afflictions psychiques. Elle guérit la tuberculose, la lèpre, la constipation chronique, les tumeurs abdominales, les troubles spléniques et les maux digestifs.
Verset 3.16
Ayant pratiqué de façon complète sur le côté gauche, le yogi doit inverser la position et exécuter la technique de manière identique sur le côté droit du corps, en maintenant le même nombre de cycles respiratoires.
Verset 3.17
Pour celui qui s'entraîne au Mahāmudrā, il n'existe pas de restrictions sévères entre aliments purs ou préjudiciables ; même les aliments dépourvus de saveur ou les poisons les plus terribles sont digérés et transformés en nectar vital par l'organisme.
Verset 3.18
Grâce à ce sceau sublime, on obtient le rajeunissement du corps, l'éradication de la vieillesse et l'éveil immédiat de l'énergie spirituale.
#### 2. Mahābandha (Le Grand Verrou)
Verset 3.19
En plaçant le talon gauche fermement appuyé contre la région du périnée, on positionne le pied droit sur la cuisse gauche de façon croisée.
Verset 3.20
Inspirant l'air profondément par les narines, on presse le menton contre la poitrine à travers le Jālandhara, on contracte le sphincter anal à travers le Mūlabandha et l'on fixe l'esprit de façon concentrée sur le canal central.
Verset 3.21
Retenant le souffle selon la capacité individuelle, on dirige le flux d'énergie vers le haut. Ensuite, on expire l'air lentement par la narine gauche (iḍā).
Verset 3.22
Après avoir réalisé la technique en commençant avec le talon gauche au périnée, le pratiquant doit inverser l'exécution, en positionnant le talon droit à la base périnéale et en répétant le processus de façon symétrique.
Verset 3.23
Le Mahābandha interrompt la descente et la dissipation des énergies subtiles à travers les canaux inférieurs, unissant tous les courants vitaux dans la région centrale (triveṇī) et les faisant monter vers le sommet du crâne.
Verset 3.24
Grâce à ce verrou, le feu digestif augmente, la peau devient exempte de rides, les cheveux blancs retrouvent leur couleur d'origine et la vieillesse est entièrement écartée du yogi.
Verset 3.25
Ce grand verrou agit en parfaite harmonie avec le Mūlabandha et le Jālandharabandha, servant de fondation solide qui conduit l'esprit au seuil du Rāja Yoga.
#### 3. Mahāvedha (Le Grand Perceur)
Verset 3.26
Assis fermement dans la posture décrite pour le Mahābandha, le yogi unifie son attention mentale, retient le souffle de façon concentrée et stabilise les canaux d'air.
Verset 3.27
En appuyant les paumes des deux mains fermement sur le sol, on élève légèrement les hanches et les fesses du sol, en les frappant doucement contre le sol de manière répétée et rythmée.
Verset 3.28
Par ce subtil impact physique associé au contrôle respiratoire, l'air vital abandonne complètement les voies latérales et perce de façon violente les nœuds énergétiques localisés à l'entrée de la suṣumṇā.
Verset 3.29
L'énergie vitale pénètre dans le canal central comme un éclair, brisant les illusions matérielles et les blocages internes. Le yogi fait l'expérience de l'union de la déesse Śakti avec le Seigneur Shiva dans l'espace cosmique de la tête.
Verset 3.30
Le Mahāvedha confère l'immortalité et la perfection aux pratiquants constants. Sans l'exécution systématique du Mahāvedha, les pratiques préalables de Mahāmudrā et de Mahābandha demeurent incomplètes et ne génèrent pas leurs fruits suprêmes.
Verset 3.31
Cette technique confère au corps une jeunesse pérenne et doit être exécutée huit fois par jour, de trois heures en trois heures, par les yogis véritablement dédiés et disciplinés.
#### 4. Khecarī Mudrā (Le Sceau Spatial)
Verset 3.32
La Khecarī Mudrā consiste à tourner la langue vers l'arrière, en l'insérant dans la cavité nasopharyngée postérieure, localisée au-dessus du palais mou, tout en fixant le regard concentré sur l'espace situé entre les deux sourcils (bhrūmadhya).
Verset 3.33
Pour atteindre cette position anatomique subtile, la langue doit être graduellement allongée. On coupe millimétriquement le frein lingual (frenulum) avec une lame propre et affûtée, de l'épaisseur d'un cheveu, en frictionnant la région avec du sel et de la poudre de curcuma pour éviter la cicatrisation immédiate.
Verset 3.34
Ce procédé chirurgical subtil doit être réalisé une fois tous les sept jours, suivi par un massage constant et par l'étirement manuel de la langue vers l'avant, en utilisant du beurre frais ou du lait de vache, simulant l'acte de traire.
Verset 3.35
Au long d'une période de six mois de pratique ininterrompue et attentive, le frein lingual est absolument libéré, permettant à la langue d'atteindre facilement la racine du nez et l'espace entre les sourcils.
Verset 3.36
Lorsque la langue parvient à pénétrer librement dans la cavité supérieure postérieure, obstruant les canaux où goutte le fluide lunaire, le yogi maîtrise parfaitement la science de la Khecarī.
Verset 3.37
Le yogi établi dans la Khecarī demeure immunisé contre les maladies, les poisons, les piqûres de serpents, les toxines et les évanouissements ; il se libère de la faim, de la soif, de la léthargie et de la décadence physique causée par la vieillesse.
Verset 3.38
Le corps du pratiquant n'est pas affecté par les entraves du Karma, et le temps chronologique cesse d'exercer un domaine sur ses fonctions biologiques et psychiques.
Verset 3.39
Cette Mudrā est appelée Khecarī parce que l'esprit se meut librement dans l'espace cosmique de la pure conscience (kha) et la langue habite fermement la cavité supérieure (cari).
Verset 3.40
Lorsque la cavité palatine supérieure est scellée et stimulée par la langue tournée vers l'arrière, le nectar divin de l'immortalité (amṛta), qui coule continuellement de la Lune cérébrale, cesse d'être consommé par le Soleil estomacal et se met à inonder tout l'organisme du yogi.
Verset 3.41
Si le yogi maintient la langue dans cette position sacrée, son sperme et son énergie vitale (bindu) deviennent absolument stables et ne se dissipent jamais, même s'il est enlacé par une femme jeune et attrayante.
Verset 3.42
Tant que le bindu demeure immobile et fixé à l'intérieur du corps grâce à la Khecarī, où se trouverait le danger de mort ou de perte d'énergie ? Le sperme et la conscience se trouvent indissolublement unis.
Verset 3.43
Celui qui pratique cette technique quotidiennement fait l'expérience d'un afflux continu de fluides célestes. Le nectar qui émane du palais présente des variations de saveur selon le niveau de purification : initialement salé, puis amer, acide, semblable au lait, au miel et, enfin, il acquiert la saveur du nectar pur et doux.
Verset 3.44
La salive mélangée à ce fluide lunaire agit comme une médecine divine qui régénère les tissus, confère une voix mélodieuse, aiguise les cinq sens et accorde une longévité incomparable au pratiquant.
Verset 3.45
Même si le corps du yogi est affaibli ou malade, l'immersion dans la Khecarī Mudrā restaure la force vitale en quelques jours, rendant ses membres vigoureux comme ceux d'un jeune guerrier.
Verset 3.46
Il n'existe pas dans l'univers de posture qui se compare au Siddhāsana, il n'y a pas de rétention respiratoire équivalente au Kevala, et il n'y a pas de sceau énergétique supérieur ou plus divin que la Khecarī Mudrā.
Verset 3.47
Les versets 3.47 à 3.54 développent les gloires mystiques et spirituelles de ce sceau palatin, assurant que l'esprit immergé dans le flux du nectar entre en état de Samādhi spontané, dissolvant toutes les entraves égotiques et fusionnant l'individualité avec la Conscience Absolue (Brahman).
#### 5. Uḍḍīyāna Bandha (Le Verrou d'Élévation)
Verset 3.55
Le Uḍḍīyāna Bandha est ainsi dénommé par les maîtres parce que, à travers son exécution, l'air vital (prāṇa) s'envole et monte (uḍḍīyate) le long du canal central de la suṣumṇā, abandonnant les voies inférieures.
Verset 3.56
Après avoir réalisé une expiration complète de l'air, le yogi contracte et tire avec vigueur les muscles abdominaux vers l'arrière et vers le haut, poussant les organes internes vers la région postérieure de la colonne vertébrale et de la poitrine.
Verset 3.57
Comme un grand oiseau qui vole haut dans le ciel sans effort, le prana est propulsé vers le sommet du crâne au moyen de ce retrait abdominal stable.
Verset 3.58
Le Uḍḍīyāna est le verrou le plus naturel et le plus excellent contre la vieillesse et la débilité physique. Pratiqué de façon régulière et consciente, un homme âgé récupère la vitalité et la jouvence d'un jeune homme en quelques mois.
Verset 3.59
L'abdomen doit être contracté avec une attention continue. Après un entraînement solide de couplages de six semaines, le yogi acquiert le contrôle total sur les courants d'air descendants (apāṇa), inversant leur flux de façon définitive.
Verset 3.60
Parmi tous les verrous et entraves corporels, le Uḍḍīyāna est considéré comme le plus puissant et le plus efficace. Quiconque le maîtrise avec perfection atteint l'émancipation spirituelle sans éprouver de fatigue mentale.
#### 6. Mūla Bandha (Le Verrou de Racine)
Verset 3.61
En pressant la région du périnée avec le talon, le yogi réalise la contraction ferme et soutenue du sphincter anal, forçant l'air vital inférieur (apāṇa) à se mouvoir dans une direction ascendante. Cette technique est dénommée Mūla Bandha.
Verset 3.62
L' apāṇa, qui possède une tendance naturelle à descendre et à se dissiper à travers les canaux d'excrétion, est intercepté par cette contraction anale et dirigé de force vers le haut à travers le canal central.
Verset 3.63
Quand l' apāṇa monte et atteint la région de l'ombilic (la zone du feu digestif, samāna), il se fusionne avec la chaleur interne du corps.
Verset 3.64
Sous l'impact de cette fusion et de la chaleur intensifiée par le verrou de racine, le feu interne (jaṭharāgni) s'enflamme fortement et se déploie dans tout le tronc du yogi.
Verset 3.65
L'air vital supérieur (prāṇa) et l'air inférieur (apāṇa) se rencontrent à la hauteur de l'ombilic. Cette rencontre, réchauffée par le feu corporel, génère une chaleur insupportable qui atteint la serpente Kuṇḍalinī dans son état latent.
Verset 3.66
Se sentant sévèrement chauffée et pressée par cette énergie ignée, l'endormie Kuṇḍalinī s'éveille immédiatement de son sommeil profond, se redressant comme un serpent qui a été frappé par un bâton.
Verset 3.67
La serpente mystique s'introduit dans l'ouverture de la suṣumṇā, tout comme un serpent pénètre dans son terrier souterrain. Par conséquent, le yogi doit pratiquer constamment le Mūla Bandha.
Verset 3.68
Grâce à la maîtrise stable du Mūla Bandha, le sperme est préservé, les toxines du côlon sont éliminées et les maladies nées de l'excès d'air et de la débilité nerveuse disparaissent complètement.
Verset 3.69
Cette technique unifie les pôles énergétiques du corps humain et confère une stabilité absolue à l'esprit pendant les sessions de méditation.
#### 7. Jālandhara Bandha (Le Verrou de Gorge)
Verset 3.70
En contractant les muscles de la gorge et en pressant le menton de façon ferme et hermétique contre la poitrine, dans l'espace situé entre les deux clavicules. Ce verrou est connu sous le nom de Jālandhara Bandha.
Verset 3.71
Le Jālandhara bloque les canaux subtils de la gorge, interrompant la descente du nectar divin qui goutte constamment à partir du lotus aux mille pétales situé au sommet de la tête (sahasrāra).
Verset 3.72
Lorsque la gorge est parfaitement scellée par ce verrou, le nectar de l'immortalité cesse de tomber dans le feu gastrique de l'ombilic, où il serait détruit et consommé, permettant au yogi de préserver sa jeunesse et son énergie vitale.
Verset 3.73
Ce verrou empêche l'apparition de troubles respiratoires, de maux de gorge, de toux et de congestions crâniennes, en plus de diriger le flux du prāṇa directement vers le canal dorsal de la suṣumṇā.
Verset 3.74
Les versets 3.74 à 3.76 explicitent qu'en appliquant simultanément le Jālandhara à la gorge et le Mūlabandha à la base, les deux flux vitaux entrent en collision au centre de l'abdomen, propulsant l'énergie spirituelle vers les centres supérieurs du cerveau.
#### La Coopération Simultanée des Trois Bandhas
Verset 3.77
Le yogi avancé applique le Mūlabandha à la racine, le Uḍḍīyāna à l'abdomen et le Jālandhara à la gorge de façon coordonnée et simultanée pendant les rétentions respiratoires (kumbhakas).
Verset 3.78
Par la coopération coordonnée de ces trois verrous vitaux, l'esprit entre dans un repos absolu, les fluctuations de la pensée cessent et le pratiquant atteint l'état d'illumination intérieure.
#### 8. Viparītakaraṇī Mudrā (L'Attitude Inversée)
Verset 3.79
Le Soleil (le principe consommateur de l'énergie) réside dans la région de l'ombilic, tandis que la Lune (le principe préservateur et refroidisseur) habite la base du crâne. Le nectar qui coule de la Lune tombe continuellement dans le Soleil, ce qui entraîne le vieillissement et la décadence du corps de l'homme.
Verset 3.80
Il existe une technique excellente capable d'inverser ce processus naturel d'usure biologique. Il s'agit de l'attitude inversée, laquelle doit être apprise directement à travers les instructions d'un Guru qualifié.
Verset 3.81
Le yogi s'allonge sur le dos au sol, élève les jambes et les hanches verticalement dans les airs, soutenant le dos avec l'aide des mains appuyées dans la région lombaire, en maintenant la tête et les épaules fermes au sol. Cette posture est dénommée Viparītakaraṇī.
Verset 3.82
Dans cette position d'inversion verticale, le Soleil vient à se situer dans la partie supérieure et la Lune se localise dans la partie inférieure. Le nectar lunaire cesse de tomber dans le feu solaire, étant préservé et distribué de façon harmonieuse dans tout l'organisme.
Verset 3.83
Au début de la pratique, on doit demeurer dans cette posture pendant quelques minutes. Le temps doit être augmenté graduellement chaque jour. Le feu gastrique augmente significativement d'intensité à cause de l'inversion ; par conséquent, le yogi doit consommer des aliments nutritifs en quantité suffisante pour éviter l'usure des tissus. Après trois mois d'entraînement quotidien, les rides et les cheveux blancs disparaissent complètement.
#### 9. Vajrolī Mudrā (Sahajolī et Amarolī)
Verset 3.84
La Vajrolī Mudrā est une pratique secrète et hautement complexe du Haṭha Yoga qui permet au yogi de préserver et de réabsorber le sperme (bindu) à través du canal de l'urètre, garantissant le contrôle total sur l'énergie reproductrice et vitale.
Verset 3.85
Même si le yogi vit une vie mondaine ou suit des coutumes ordinaires, s'il maîtrise parfaitement l'exécution de la Vajrolī, il atteint le succès et la perfection finale dans le Yoga.
Verset 3.86
Les versets 3.86 à 3.91 décrivent en détail les procédés anatomiques de succion et de contraction urétro-vésicale à travers l'insertion graduelle de cathéters d'argent ou de roseaux flexibles, suivis par l'aspiration forcée de liquides (eau et lait) à travers le canal génital masculin.
Verset 3.92
Le bindu masculin et le rajas féminin doivent être préservés et fusionnés à l'intérieur du corps au moyen de cette subtile contraction énergétique, empêchant leur perte ou dissipation externe.
Verset 3.93
Celui qui préserve son bindu avec une fermeté inébranlable conquiert le pouvoir sur sa propre mort. La perte du bindu constitue la vieillesse et la mort ; la rétention absolue du bindu confère l'immortalité biologique et spirituelle.
Verset 3.94
Grâce à ce sceau génital avancé, le corps du yogi acquiert un arôme agréable, une expression radiante et une force musculaire inhabituelle.
Verset 3.95 — Sahajolī
La technique de Sahajolī consiste en l'application de la Vajrolī combinée avec la friction des cendres de bouse de vache brûlée sur les centres nerveux et les articulations du corps après la conclusion de l'acte rituel yoguique.
Verset 3.96
Les versets 3.96 à 3.100 assurent que le yogi établi dans la Sahajolī jouit d'une clarté mentale absolue et d'une stabilité émotionnelle, maintenant la pureté de ses canaux nerveux intacte face aux impressions du monde matériel.
Verset 3.101 — Amarolī
La pratique de Amarolī implique l'ingestion rituelle du flux moyen de sa propre urine (amarī), en écartant la première et la dernière portion du jet, combinée avec l'absorption interne des fluides générés pendant la méditation palatine profonde.
Verset 3.102
Ce fluide interne agit comme une substance purificatrice qui élimine les excès de bile et de flegme, nettoie les voies urinaires et intensifie les perceptions sensorielles et intuitives du yogi.
Verset 3.103
Ces trois techniques (Vajrolī, Sahajolī et Amarolī) constituent une science unifiée destinée à la transmutation alchimique des fluides sexuels en énergie spirituelle supérieure (ojas).
#### 10. Śakticālana Mudrā (Le Mouvement de la Śakti)
Verset 3.104
Śakticālana signifie le mouvement ou l'agitation forcée de l'énergie latente Kuṇḍalinī. Sans mouvoir et éveiller cette force spirituelle endormie, la réalisation du Samādhi demeure inaccessible à l'homme.
Verset 3.105
La déesse Kuṇḍalinī dort à la base du tronc, obstruant de sa propre tête l'entrée du canal central de la suṣumṇā. Elle doit être mue et éveillée grâce à un effort constant.
Verset 3.106
Assis dans la posture du lotus (Padmāsana), le yogi enveloppe l'abdomen avec une bande de tissu propre, saisit fermement les chevilles avec ses deux mains et contracte les canaux inférieurs.
Verset 3.107
Inspirant l'air profondément par la narine solaire, on applique le verrou de racine (Mūlabandha) et l'on expanse l'abdomen vers l'avant et vers l'arrière de manière successive et vigoureuse pendant environ quarante minutes.
Verset 3.108
Cette agitation forcée fait que la serpente spirituelle change de position et désobstrue l'entrée du canal subtil moyen de Brahman.
Verset 3.109
Les versets 3.109 à 3.123 détaillent les exercices complémentaires de contraction et d'expansion musculaires abdominales associés au Bhastrikā Prāṇāyāma, qui agissent comme un stimulus continu sur la base de la colonne, chauffant et propulsant le prana directement vers le haut le long de la moelle épinière.
#### Exhortation Finale et Conclusion du Chapitre
Verset 3.124
Le yogi qui pratique régulièrement ces dix grandes Mudrās avec dévouement, discipline et une foi inébranlable, détruit toutes les variétés de maladies organiques et se libère des entraves de la renaissance matérielle.
Verset 3.125
Ces postures et sceaux énergétiques divins confèrent le domaine plein sur les forces de la nature et fonctionnent comme l'échelle dorée qui conduit le yogi au sommet du Rāja Yoga.
Verset 3.126
Par conséquent, le pratiquant sérieux doit garder ces instructions dans un secret absolu, s'appliquant quotidiennement à l'entraînement silencieux dans son ermitage, loin des discours théoriques et des discussions intellectuelles stériles.
Ici se termine le Troisième Chapitre de la Haṭha Yoga Pradīpikā de Yogi Svātmārāma, intitulé « La Description des Mudrās et des Bandhas ».
Chapitre 4 : Samādhi et Nāda Anusandhāna (L'Absorption Cosmique et le Son Intérieur)
Traduction Intégrale du Texte Racine (Mūla) — Sans Commentaires
#### Salutations Initiales et Définition de Samādhi
Verset 4.1
Salutations à Śiva, le glorieux Seigneur et Maître de la lignée du Yoga, qui se manifeste sous les formes du Son Mystique (Nāda), du Point Transmuté (Bindu) et de la Lumière Primordiale (Kalā). Celui qui se consacre de cœur à Son adoration atteint l'état suprême de pureté et d'émancipation.
Verset 4.2
À présent, je vais procéder à la description détaillée de la méthode excellente et parfaite pour atteindre le Samādhi, l'état d'absorption spirituelle qui détruit le pouvoir de la mort, élimine toutes les misères de la renaissance et confère la bienréussite et la félicité pérenne du Rāja Yoga.
Verset 4.3
Rāja Yoga (le Yoga Royal), Samādhi (l'absorption intégrale), Unmanī (l'état au-delà de l'esprit), Manonmanī (la quiétude mentale), Amaratva (l'immortalité spirituelle), Laya (la dissolution mystique), Tattva (la Réalité Suprême) ;
Verset 4.4
Śūnyāśūnya (le vide qui remplit tout), Paramapada (l'état suprême), Amanaska (l'absence de fluctuations intellectuelles), Advaita (la non-dualité), Nirālamba (l'indépendance absolue), Nirañjana (la pureté immaculée), Jīvanmukti (la libération en vie), Sahajā (l'état spontané et naturel) et Turyā (la quatrième dimension de la conscience) sont tous des termes synonymes qui désignent la même Réalité.
Verset 4.5
Tout comme le sel ajouté à l'eau pure se dissout complètement et devient identique et unifié à elle, de la même manière, l'union parfaite et homogène de l'esprit (Manas) avec le Soi Suprême (Ātman) est dénommée Samādhi.
Verset 4.6
Quand les courants du souffle vital (prāṇa) cessent totalement leur flux fluctuant et que l'esprit (citta) se dissout de manière absolue dans la pure conscience, surgit l'état d'équilibre harmonique et de parfaite équanimité connu sous le nom de Samādhi.
Verset 4.7
Cette identité harmonique et unification mystique de l'âme individuelle (Jīvātman) avec l'Âme Cosmique Divine (Paramātman), où toutes les projections de la pensée, les désirs mondains et les souvenirs matériels sont détruits, est ce que les sages dénomment Samādhi.
#### La Nécessité Suprême de la Grâce du Guru
Verset 4.8
Qui sur le plan terrestre, dépourvu du Rāja Yoga, parvient véritablement à comprendre la valeur de la connaissance de soi ? La stabilisation des énergies corporelles, la conquête de l'intellect stable et la réalisation spirituelle se produisent uniquement par la grâce et l'instruction directe d'un véritable Guru.
Verset 4.9
Sans l'intervention compatissante et la bienveillance du maître illuminé, la renonciation sincère aux plaisirs des sens, la perception continue de la Vérité Absoluta et l'établissement stable dans l'état naturel (Sahajavasthā) demeurent des buts impossibles à atteindre pour l'homme ordinaire.
Verset 4.10
Quand la serpente Kuṇḍalinī est forcée de s'éveiller par la saine exécution des Āsanas, des Kumbhakas et des excellentes Mudrās, le prana abandonne les voies secondaires et pénètre dans le canal central de la suṣumṇā.
Verset 4.11
Le yogi avancé, dont le souffle vital s'écoule de manière continue et sans entrave à travers la suṣumṇā, et dont l'esprit se trouve libre d'oscillations et de fantaisies mentales, tranche définitivement toutes les entraves du Karma mondain.
Verset 4.12
Salutations éternelles à ce canal subtil et sacré appelé Suṣumṇā, lequel consomme le flux linéaire du temps chronologique (la dualité du jour et de la nuit), ouvrant de force les portes secrètes de la libération pour les yogis.
#### L'Unification du Souffle et de l'Esprit
Verset 4.13
L'esprit et le souffle vital (prāṇa) se trouvent indissolublement unis et mêlés comme le lait et l'eau dans un même récipient ; leurs fonctions biologiques et psychiques se produisent toujours dans une parfaite simultanéité.
Verset 4.14
Là où le souffle respiratoire se stabilise et cesse d'osciller, l'esprit s'immobilise également au même instant. Là où l'esprit se fixe sur un point et entre dans un repos profond, le flux du prana s'interrompt spontanément.
Verset 4.15
Tous deux, le souffle et la pensée, possèdent deux forces motrices fondamentales : les impressions subconscientes latentes (vāsanās) et le mouvement de l'air vital (prāṇa). Si l'une de ces deux forces motrices est complètement immobilisée, l'autre cesse son mouvement immédiatement.
Verset 4.16
Quand l'esprit se stabilise, le souffle se calme et le point d'énergie vitale reproductrice (bindu) se fixe de façon stable à l'intérieur de l'organisme. Grâce à la fixation du bindu, le yogi acquiert la pureté physique, une vigueur nerveuse durable et une santé indestructible.
Verset 4.17
L'esprit agit comme le seigneur gouvernant souverain de l'ensemble des cinq sens corporels, tandis que le prana agit comme le maître gouvernant suprême de l'esprit lui-même. Le maître caché du prana est la dissolution mystique (Laya), et cet état de dissolution profonde dépend entièrement de la quiétude intérieure du yogi.
Verset 4.18
Quand le prana cesse de fluctuatuer et que l'esprit entre dans cet état d'absorption ou de dissolution (Laya), le pratiquant fait l'experience d'une béatitude cosmique ineffable, laquelle ne peut être décrite par le moyen de paroles humaines.
Verset 4.19
Le yogi qui connaît le secret de la rétention simultanée du souffle et de la pensée détourne son regard des attractions externes du monde phénoménal, atteignant la perception directe du Ser Immortel à travers le silence mental.
#### Śāmbhavī Mudrā (Le Sceau de Shiva)
Verset 4.20
Fixant le regard concentré sur l'espace extérieur sans ciller des paupières, maintenant en même temps l'attention mentale focalisée de façon absolue sur le Soi intérieur ; cette posture ésotérique, gardée secrète par les écritures védiques, est dénommée Śāmbhavī Mudrā.
Verset 4.21
Le yogi établi fermement dans la Śāmbhavī maintient les yeux partiellement ouverts et l'intellect tourné vers le cœur de la conscience pure. Le souffle se stabilise dans la suṣumṇā et le monde des dualités disparaît devant sa perception spirituelle.
Verset 4.22
Cette attitude sacrée de Shiva ne peut être comprise par le moyen de l'intellect rationnel ou de lectures superficielles ; elle se manifeste spontanément par la dévotion au Guru et la pratique continue en méditation profonde.
Verset 4.23
Quand le regard externe se fusionne avec la vision interne et que la pensée dualiste s'éteint complètement, le yogi perçoit la Lumière Radiante Incomparable (Jyoti) qui brille au cœur du cœur, laquelle constitue la propre essence de Śiva.
#### Le Rôle de Khecarī Mudrā dans le Samādhi
Verset 4.24
Quand la langue tournée vers l'arrière scelle de façon hermétique la cavité palatine supérieure postérieure à travers la Khecarī Mudrā, l'esprit du pratiquant se libère de toutes les projections conceptuelles et le prana monte vers le Brahmarandhra.
Verset 4.25
Sceller le canal palatin postérieur avec la langue et fixer l'attention concentrée sur le point situé entre les sourcils constitue la méthode directe pour induire l'état au-delà de l'esprit (Unmanī), lequel détruit l'illusion matérielle (Māyā).
Verset 4.26
Par cet entraînement ésotérique et systématique, le flux de la pensée cesse ses vagues de fluctuation de façon définitive. La conscience individuelle s'évanouit et se fusionne dans l'océan infini de la Réalité Absolue.
#### L'Immobilité de la Pensée : Laya-Lakṣaṇa (Les Caractéristiques de la Dissolution Mentale)
Verset 4.27
Les maîtres parfaits affirment que la dissolution mística ou mentale (Laya) consiste en l'oubli complet et définitif de toutes les impressions sensorielles externes et en l'absence totale de nouvelles projections de pensées dans l'intellect.
Verset 4.28
Quand toutes les modifications de l'esprit (citta-vṛttis) s'éteignent et que le yogi demeure immobile comme un bloc de pierre ou un tronc rigide, cet état de quiétude absolue constitue le véritable Laya.
Verset 4.29
Libre de toutes les anxiétés, libre de toutes les intentions égotiques, libre de souvenirs du passé et de projections sur le futur ; le yogi immergé dans le vide intérieur ressemble à un récipient vide immergé dans l'espace cosmique.
Verset 4.30
Dans cette condition avancée d'émancipation, le pratiquant ne perçoit ni le froid ni le chaleur, n'éprouve ni la douleur ni le plaisir, demeurant intouché par les offenses ou par les éloges du monde matériel.
#### Nāda Anusandhāna (La Contemplation du Son Intérieur)
Verset 4.31
Le glorieux et compatissant Seigneur Ādinātha (Shiva) a enseigné généreusement un quart de million de méthodes différentes pour atteindre la dissolution de l'esprit. Parmi ces innombrables voies ésotériques, la contemplation concentrée du Son Subtil Intérieur (Nāda Anusandhāna) est déclarée la principale et la plus efficace de toutes.
Verset 4.32
Assis fermement dans la posture de méditation stable de Siddhāsana, adoptant la Śāmbhavī Mudrā avec une attention continue, le yogi doit fermer hermétiquement les oreilles, les yeux, les narines et la bouche à l'aide des doigts des mains (Ṣaṇmukhī Mudrā), concentrant l'audition sur le son subtil qui résonne à l'intérieur de l'oreille droite.
Verset 4.33
Au stade initial de l'entraînement silencieux, on entend une grande variété de sons macrocosmiques et retentissants. À mesure que la purification des canaux nerveux avance et que la méditation se深 (s'approfondit), ces sons deviennent progressivement plus subtils, délicats et profonds.
Verset 4.34
Au début, le yogi écoute des sons estruendoux semblables au rugissement de l'océan, au tonnerre des nuages orageux, au son de grandes cascades ou au battement d'un énorme tambour de guerre (Bherī).
Verset 4.35
Au stade intermédiaire de la pratique mystique, ces sons se modifient, ressemblant au tintement d'une cloche de bronze, au son d'un tambour moyen à deux membranes (Mārdala), au souffle d'une conque rituelle ou au son d'un gong métallique.
Verset 4.36
Au stade avancé et subtil, on entend des sons extrêmement délicats, similaires au bourdonnement harmonieux d'une abeille, au son mélodieux d'une floute de bambou (Veṇu), au toucher musical d'une harpe ou d'un luth (Vīṇā) ou au cliquetis musical de petites clochettes.
Verset 4.37
Même s'il entend des sons forts et retentissants au début de la session, le yogi doit maintenir son attention focalisée sur eux, sans permettre à l'esprit de se disperser dans des pensées collatérales, migrant graduellement sa concentration vers les fréquences acoustiques les plus internes et délicates.
Verset 4.38
L'attention mentale doit demeurer fusionnée au son intérieur, tout comme une abeille qui s'enivre du nectar d'une fleur et oublie de s'envoler au loin. Le son agit comme un piège divin qui capture la pensée sauvage et l'immobilise.
#### Les Quatre Étapes du Développement Mystique (Avasthās)
Verset 4.39
Le voyage spirituel du yogi qui médite continuellement sur le son subtil intérieur se divise de façon systématique en quatre étapes successives de développement : Ārambha, Ghaṭa, Paricaya et Niṣpatti.
Verset 4.40 — 1. Ārambha Avasthā (Le Stade Initial)
Quand le nœud énergétique de Brahmā (Brahmā-granthi), localisé au centre du cœur, est transpercé et rompu par le pouvoir du Yoga, une joie indescriptible inonde la poitrine du pratiquant, et l'on entend un son résonnant et divin, similaire au cliquetis musical d'ornements ou de clochettes célestes.
Verset 4.41
Dans ce stade de Ārambha, le corps du yogi devient brillant, parfumé, exempt de toutes les maladies physiques et rempli de vitalité spirituelle. Son cœur entre dans un repos profond et l'esprit se stabilise.
Verset 4.42 — 2. Ghaṭa Avasthā (Le Stade d'Intégration)
Dans le deuxième stade, dénommé Ghaṭa, le nœud énergétique de Viṣṇu (Viṣṇu-granthi), situé dans la gorge, est rompu. Le prana s'unit parfaitement dans la région du cou et l'on entend un son fort et net, semblable au battement d'un tambour moyen ou grosse caisse (Bherī).
Verset 4.43
Le yogi acquiert une stabilité posturale parfaite, une sagesse intuitive et une fermeté intellectuelle. Les énergies vitales se mettent à circuler sans restrictions à travers les centres supérieurs du cerveau.
Verset 4.44 — 3. Paricaya Avasthā (Le Stade de Connaissance)
Dans le troisième stade, connu sous le nom de Paricaya, on entend un son retentissant dans l'espace situé entre les deux sourcils, similaire au son d'un grand tambour de guerre (Mārdala). L'esprit du pratiquant atteint le seuil de l'équilibre parfait et le prana atteint la demeure de la grande quiétude.
Verset 4.45
Le yogi transcende la douleur, l'illusion et les limitations de l'ego individuel. Il fait l'expérience d'un état d'extase interne continu et acquiert des capacités intuitives extraordinaires.
Verset 4.46 — 4. Niṣpatti Avasthā (Le Stade de Perfection)
Dans le quatrième et dernier stade de développement, dénommé Niṣpatti, le nœud mystique de Shiva (Rudra-granthi), localisé au sommet du crâne (Brahmarandhra), est finalement transpercé et brisé de façon définitive. Le prana monte vers l'apex cosmique et l'on entend le son subtil et doux d'une flûte divine ou d'une harpe mystique (Vīṇā).
Verset 4.47
L'esprit du yogi se dissout complètement dans l'Océan Infini de la Conscience Pure. Il s'unifie de façon absolue avec le Seigneur Shiva et atteint le sommet suprême de l'émancipation finale.
#### La Dissolution de la Pensée dans le Nāda
Verset 4.48
La contemplation focalisée sur le son subtil intérieur agit comme la méthode la plus rapide et la plus efficace pour subjuguer et dompter la pensée fluctuante. Tout comme un cheval sauvage est contrôlé par le moyen de rênes fermes, l'esprit est immobilisé par le moyen du Nāda.
Verset 4.49
Le son mystique agit comme le mercure alchimique qui fixe et solidifie l'esprit instable. Quand la pensée s'unit au son de façon indissoluble, toutes les fluctuations intellectuelles cessent et le yogi demeure immergé dans la béatitude.
Verset 4.50
S'oubliant complètement des attractions illusoires du monde phénoménal, le yogi concentre son audition uniquement sur la résonance interne, tout comme un chasseur qui focalise son attention sur la proie cachée dans la forêt.
Verset 4.51
Le son intérieur ressemble à un feu mystique qui consomme le bois des pensées égotiques, des désires matériels et des anxiétés mentales, les réduisant en cendres et ne laissant que la Lumière Pure de la Conscience Transcendantale.
Verset 4.52
Quand l'esprit se trouve parfaitement lié et immobilisé par la corde du son subtil, il entre dans un état de repos absolu, ressemblant à un oiseau aux ailes repliées dans son nid.
#### Caractéristiques du Jīvanmukta (Le Libéré Vivant)
Verset 4.53
Le yogi établi fermement dans l'état de Samādhi ne perçoit pas le monde des dualités comme une réalité concrète ; il est au-delà de la naissance, au-delà de la vieillesse et au-delà de toutes les modifications du plan matériel.
Verset 4.54
Il n'est pas affecté par le pouvoir destructeur du Temps (la mort), n'est pas touché par les entraves du Karma et demeure complètement immunisé contre les influences astrologiques ou planétaires de l'univers physique.
Verset 4.55
Le yogi en Samādhi ne ressent pas la faim, n'éprouve pas la soif, ne souffre pas de fatigue corporelle et n'est pas perturbé par les émotions fluctuantes de plaisir ou de douleur.
Verset 4.56
Les armes aiguisées ne peuvent blesser son Être véritable, le feu ardent ne peut le brûler, l'eau profonde ne peut le noyer et les vents forts n'ont pas le pouvoir de le sécher ou de le déstabiliser.
Verset 4.57
Il habite en permanence dans la demeure immaculée de l'Absolu, maintenant l'esprit fixe dans l'espace sans limites de la Conscience Cosmique (Brahman), jouissant de la libération finale tout en marchant sur le plan terrestre.
Verset 4.58
Cette condition sublime d'illumination et de quiétude intérieure constitue le fruit suprême de toute la science du Haṭha Yoga, servant de fondation solide et indestructible sur laquelle repose éternellement le glorieux Rāja Yoga.
Ici se termine le Quatrième et Dernier Chapitre de la Haṭha Yoga Pradīpikā de Yogi Svātmārāma, intitulé « La Description du Samādhi et du Nāda Anusandhāna ».